LA SOCIÉTÉ : Est-elle coupable de ce phénomène? Comment agit-elle sur nous tous?

Les Pro-Ana, ainsi que les anorexiques, sont souvent placées sur un statut de victimes. Et à la bouche de tous, victimes de la société. Il est alors primordial d’essayer de comprendre pourquoi nous nous sentons tous contraints de respecter les nouvelles lois d’une société moderne.
Il est vrai que le rapport à l’image est devenu essentiel aujourd’hui, et cela ne va qu’en s‘accentuant. Certes, le beau à toujours été privilégié, mais le problème réside aujourd’hui dans la notion de la beauté que la société nous a inculqué.
Le beau, qu’en est-il actuellement?




Mode & Médias = Coupables?

Affiches de publicité, mannequins sur les podiums, nouveaux codes de beauté : tout se tourne vers le mince; voir le maigre. En 50 ans, les emblèmes féminins ont profondément évolué. Dans les années 1940 on retrouve Marilyn Monroe avec un corps doté de formes, une femme portant du 44 sur les couvertures des magasines et considérée comme une « femme parfaite ».



[ Entre Marylin et Keira Knightley, grande différence physique. Toute deux stars d’Hollywood, une a fait rêver, l’autre est une star « nouvelle génération » ]

En effet, 50 ans plus tard on retrouve sur les podium des mannequins comme Kate Moss, d’une maigreur prononcée que l’on appelle même la « brindille ». Les critères de beauté ne sont alors plus les même. On privilégie les silhouettes où les formes sont gommés, à la limite de l’androgyne.



[ Kate Moss pour CK. 'Anorexia' témoigne bien du culte de la maigreur. ]

En associant des médias qui ne cessent d’avoir une emprise de plus en plus importantes sur nous tous, et le milieu de la mode qui se tourne vers des stratégies dangereuses; l’explication du culte de la maigreur est claire. Le rapport au corps est présent partout : les publicitaires utilisent le corps pour vendre, pour attirer, et étant donné que le beau est aujourd’hui dans la maigreur, on ne cesse de voir des corps minces, maigres sur les affiches publicitaires dans les magasines, les rues, sur Internet…


[ Publicité pour Jeans D&G mettant en scène une femme maigre et assez dénudée en sous vêtement. ]

Les mannequins ont l’apparence d’anorexiques, leur corps est décharné, squelettique… Elles défilent alors sur les plus grand podiums ainsi, pour les plus grands couturiers. Les plus maigres sont sollicitées et connaissent le plus grand succès dans le milieu de la mode. Un problème se pose alors lorsque leur credo semble être : la plus maigre sera la plus belle, celle qui rencontera le plus fort succès. Elles se font la compétion entre elles, elles cherchent à être la plus maigre de tous pour pouvoir se faire recruter.

     

[ Mannequins sans formes, allures maladives, corps décharnés deviennent le nouvel idéal pour de nombreuses femmes. Problème? Sans doutes lorsque de jeunes filles tentent de leur ressembler. ]

Avec ce nouveau critère de beauté n°1 il est certain que les jeunes filles, constatant que le corps maigre est prôné dans le milieu de la mode et fait office de beau, tentent elles aussi de devenir ainsi pour répondre à des exigences de cette société « d’image ».
Quelques mesures ont toutefois été appliquées suite aux inquiétudes générales et la prise de conscience du danger a surtout été plus claire après la mort de la brésilienne de 21 ans Ana Carolina Reston, mannequin depuis l'âge de 13 ans. Sa mort a été causée par une crise cardiaque suite à une longue période d'anorexie et de sous-alimentation volontaire pour rester sur les podiums.

[ Ana Carolina Reston ]

Pourtant, certains organisateurs de défilés comme Elosya Simao, l’organisatrice du Fashion Rio semblent se laver les mains de toute culpabilité : « Les défilés ne sont que le reflet de la société, cite-t-elle. Si les mannequins sont maigres sur les podiums c’est qu’il existe un modèle dans la société qui demande aux femmes d’être de plus en plus maigres. A partie du moment où la société changera de modèle, les défilés suivront. »
Les agences de mannequins accusées de recruter des modèles trop maigres, allant même jusqu’à sélectionner des jeunes filles de moins de 16 ans au corps pré pubère, dénué de toutes formes; semblent alors réticentes aux mesures qui doivent aujourd’hui être appliquées.
Pourtant un réel problème se pose dans le milieu de la mode et l’influence qu’il exerce sur la société et les jeunes filles est redoutable.
Aux Usa par exemple, malgré que certains créateurs se disent « prêts à lutter contre la maigreur maladive des mannequins » certaines règles sont prêtes à être édictées mais en aucun cas les obligations sont tolerées. La réticence semble alors palpable mais l’enjeu du problème paraît pourtant bien perçu par certains : « Notre métier est de créer des images qui font rêver et il est important de promouvoir la santé comme faisant partie de la beauté ». Ces propos de la présidente du Conseil des Créateurs de mode d’Amérique (CFDA) montrent alors toute l’envergure de l’influence de la mode. Ce distributeur de rêve qui aujourd'hui influence largement la notion d’idéal doit alors prendre conscience que des mannequins maigres renvoient un idéal de beauté tourné vers la maigreur. De nombreux pays ont aujourd’hui mis en place des mesures pour tenter de limiter ces abus mais le problème reste présent.

En effet, la maigreur ne frappe même plus. Elle semble banalisée; pire elle est désirée par de nombreuses jeunes filles. Elle s’est imposée et les stars les plus médiatisées, les « starlettes » enviées par les adolescentes (on peut alors parler de Nicole Richie, Kate Moss, les jumelles Olsen…) sont d’une maigreur frappante, inquiétante. Égéries de la mode, elles sont les idoles des adolescentes et font rêver bon nombre de jeunes filles… Nombre d’entre elles sont passées par une phase d’anorexique et le danger est alors prévisible lorsqu’on sait que le corps de ces stars est l’emblème de la perfection pour les adolescences. On constate que dans les mœurs s’est installée la certitude que le beau rime avec le maigre. Les jeunes filles vont alors être influencée par le milieu de la mode, milieu super médiatisé. Pour elles, leur devoir est d’être la plus maigre possibles pour se sentir bien dans leur corps, pour ressembler à leur idoles et être « belles » à leur tour, désirées et appréciées comme ces stars…

                                    

[ Stars appreciées par les adolescentes : ici Mary-Kate Olsen, Nicole richie et Lindsay Lohan d'une maigreur inquiétante.  ]

Étant donné que la maigreur absolue est plébiscitée, nous comprenons alors mieux comment des jeunes filles arrivent à envier le corps d’une anorexique. L’horreur de la maigreur retrouvée sur les milieux qui sont censés les faire rêver, les attirer, censés représenter le beau ne font que mettre en avant la maigreur comme clé de la réussite.
Pourtant, le culte de la maigreur n’est pas arrivé dans le milieu de la mode sans raison, et ce phénomène a aussi une envergure sociologique.
Aujourd’hui être maigre signifie être dans la « norme », et l’apparence a pris une place prépondérante pour nous tous. Le rapport au corps est l’une des préoccupation principale et être maigre est devenu essentiel.

 


Comment en sommes nous arrivés là?
Malgré que la mode et les médias exercent une influence considérable sur nous, comment certaines jeunes filles arrivent-elles à jalouser le corps d’une malade? Sommes nous conditionnés à envier le maigre de nos jours ?

Société & ses Exigences = Coupable ?

Nous sommes aujourd’hui dans une ère où les préoccupations des jeunes femmes semblent être à des années lumières de celles de la seconde moitié du XIX ème siècle. En effet, après l'étude de l’historienne J.J Brumberg des journaux intimes des jeunes filles de cette époque les occupations étaient plus d’ordre moral. On assistait à des remises en question qui concernaient d’avantage leur vertu et leur bonté que leur beauté. Il en ai tout autrement de nos jours et après une étude réalisée en 1998 nous avons constaté que plus du tiers des jeunes filles interrogées décrivaient comme champ de préoccupations primordiales leur hostilité face à leur apparence et leur désir de mincir… 10 ans après, le taux serait évidement plus élevé.
Certes nous sommes dans une autre époque mais nous voyons grâce à cette constatation que le rapport au corps est aujourd’hui très important et représente une réelle souffrance pour bon nombre d’adolescentes. Le culte du corps à commencé à prendre forme dans les années 20, après la seconde guerre mondiale. Les femmes ont alors acquis une plus forte liberté, et en quelque sorte, l’essor des salons de coiffure, de beauté et des services liés au corps sont devenus accessibles aux femmes qui ont pu ainsi développer de plus en plus l’importance de l’apparence. Nous pouvons aujourd’hui constater la place prépondérante qu’exerce l’apparence dans nos sociétés occidentales, et ceci pour des jeunes filles (et jeunes hommes) de plus en plus jeunes…

L’apparence devient un facteur d’intégration sociale et dès le plus jeune âge, la société nous conforme à adopter le dans la « norme ». L’obésité et le surpoids sont pour ainsi dire très mal vus et subissent les jugements et préjugés d’une société qui tolère la maigreur. Certaines personnes vont alors juger les personnes en surpoids comme des gens ne sachant pas se maîtriser, des gens sans volonté. De nos jours, avoir un corps « parfait » (selon les nouveaux critères) serai la preuve par excellence que nous adhérons aux valeurs en vogue de notre société : la performance, l’esprit de compétition, l’efficacité et surtout la maîtrise de soi.
De nos jours, nos cherchons tous à être les meilleurs, à savoir au mieux se maîtrisé car la société exige cela… Les gens aujourd’hui subissent une réelle pression et la recherche de la minceur devient alors, pour la femme surtout, un moyen de s’exprimer, de forger son identité. L’apparence est de plus en plus importante et personne ne prend le risque de se faire rejeter des autres en ne correspondant pas aux critères requis aujourd’hui… Il en est alors de même avec toutes ces jeunes filles Pro-Ana qui se répètent à longueur de journée que la maigreur est la clé de la réussite, qu'après avoir atteint leur objectif elles se sentiront mieux, elles seront acceptées, aimées et enviées…
Cela traduit par ailleurs une véritable recherche de soi, un trouble de l’identité assez frappant : elles veulent ressembler à ces stars, à toutes ces jeunes filles maigres à l’extrême pour dans un premier temps se sentir bien, être dans la norme mais en même temps ressortir du lot, être enviées et supérieures. C’est aujourd’hui ce qui est nécessaire pour réussir, les objectifs nous sont alors inculqués et dictés par notre société actuelle.
Être les meilleurs, les plus beaux, toujours et encore… mais sans être trop différents.

En ce qui concerne la socialisation; le rapport au corps est même présent dés la socialisation primaire. Les petites filles, dès leur plus jeune âge, vont jouer à la Barbie par exemple. Barbie est belle, toujours avec les plus belles tenues, les plus beaux visages…



[ Barbie, modèle féminin pour les petites filles ]

Lorsqu’on entend alors une enfant dire « Plus tard quand je serai grande, je voudrai ressembler à Barbie » nous ne nous inquiétons pas, pourtant son image du corps féminin est totalement décidée ce qui peut développer un état de frustration si plus tard, en grandissant son corps n’est pas comme celui qu’elle s’était promis.
Barbie n’est en effet pas coupable de ce phénomène social qui prône la maigreur, mais nous sommes en quelque sorte, conditionnés vers le plus jeune âge. Aujourd’hui c’est l’arrivée des Bratz qui confirme ce problème. Des petites filles vont alors jouer avec des poupées au top de la mode, maquillées et coiffées comme des stars. Le rapport à la beauté et au corps est alors inculqué très tôt ce qui peut en partie justifier les attitudes et les angoisses actuelles des jeunes filles face à leur corps.

En plein dans une société de ‘consommation’, nous ne pouvons pas passer outre le fait que les produits en plein essor en ce moment sont les aliments allégés, 0%, sans sucres, sans matières grasses…



[ Aucune matière grasse, aucun sucre : Sans conséquences?... ]

En effet, les publicitaires ne cessent de nous rabâcher sans cesse les vertus miracles de ces produits que nous pouvons manger sans culpabilité, sans risque de prendre du poids… Le poids encore et toujours.
La stratégie de vente des publicitaire est simple : savoir comment toucher le consommateur. Étant donné que de nos jours, le rapport à la nourriture se fait de plus en plus ‘coupable’, les publicités suggèrent alors des produits répondant aux attentes du consommateur qui aujourd’hui résident dans ce domaine. Sur les affiches ou dans les publicités télévisées on retrouvera alors la plupart du temps une jolie femme qui mange un de ces produits 0%… Un état de frustration va alors se développer chez le consommateur qui voudra ressembler au modèle de la publicité… Effectivement, les stratégies de ventes sont simples mais touchent directement le point sensible. Manger et mincir, manger sans conséquences pour avoir une silhouette svelte.
Les magasines semblent nous proposer un régime different à chaque saison, et chaque type d'aliment à son dérivé ‘allégé’. 



[ Affiche qui incite au régime d'avant été, classique chaque années, avec évidement pour donner envie et faire culpabiliser une corps parfait en affiche ]

Le problème se fait alors d’autant plus grave lorsque l’on sait que les pharmacies regorgent aussi de repas peu caloriques, de boissons miracles qui nous font soit disant perdre un maximum de poids en un minimum de temps, et que bon nombre de jeunes filles lors de leur régimes achètent ces produits sans problèmes… Tout ce commerce ne fait que les encourager, leur donner les moyens de continuer à penser qu’elles doivent atteindre leur idéal physique comme sur les publicités, et que pour cela elles doivent contrôler leur alimentation. De nos jours le cercle vicieux est enclenché : les publicités nous font rêver du corps parfait, mais pour cela il faut contrôler son alimentation, manger peu gras, peu sucré et donc consommer des produits allégés… Associer nourriture et culpabilité puis inciter à la minceur : voici les nouvelles stratégies de vente...

Il semble aussi important d’ajouter pour finir que les médias aident beaucoup les jeunes filles en quête de minceur, désirant perdre du poids, à atteindre leur objectif facilement.
Pourquoi faire le régime d’un médecin qui apportera peu de résultat et sur une longue durée si l’on constate que ces jeunes filles, anorexiques, que l’on voit sur les reportages perdent un kilo tous les 3 jours, en ne mangeant quasiment rien? Une jeune fille désirant maigrir à tout prix pourait très bien raisonner ainsi, et c'est ici que le problème réside.
Les médias, en faisant de l’anorexie et des troubles alimentaires un sujet à sensation ouvrent les portes à la maigreur pour de nombreuses jeunes filles.
N’étant pas à but préventifs, tous ces reportages que l’on peut voir peuvent horrifier certains, mais malheureusement en attirer d’autres qui souffriraient déjà d’un trouble de la perception du corps.
Les médias encore une fois jouent un rôle important...


Et dans la prévention, les médias sont-ils présents?

 

 

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